Stéphanie Steiner

A Lenau…

C’est à l’autrichien Lenau que me fait penser le travail de Stéphanie Steiner. Le joueur de violon tzigane qu’elle a peint m’a immédiatement rappelé le poème intitulé « Les Trois Tziganes » : l’un fait crisser son violon de manière endiablée ; le deuxième se livre à la contemplation la plus profonde ; le troisième s’abandonne au rêve. Une façon de prendre la vie pour le poète comme pour le lecteur. Stéphanie Steiner fait jouer aussi des musiciens (Le violoniste tzigane, L’accordéoniste), des personnages de rue (La Diseuse de bonne aventure, Les enfants) avec « leur visage à la peau brune, leurs noirs cheveux bouclés » ou la lumière des villes (Toits de Paris). La contemplation s’incarne dans des tableaux de natures mortes ou dans des paysages, proches ou lointains (Eilean Donan Castle, Groenland, Thuret). La part de rêve, volatile, se transmue en part des anges, inclinant à la mélancolie profonde (Working girl, La Paloma) : « un rêve passait sur son cœur ».

Le parcours chronologique de cette œuvre permet de dégager, en outre, une progression dans l’inspiration et dans la maîtrise : Des premiers sujets, qui sont des études, se dégage déjà un sens aigu de la couleur et de la lumière. Puis, apparaissent les premiers portraits en cadrage serré, ou des personnages en situation. Enfin, une vue des toits de Paris de 2018 livre une version expressionniste tout à fait personnelle qui révèle la voie que l’artiste a choisie : les couleurs seront intenses, les sujets intimes et les formes au service de l’idée.

Fabrice Boyer, 2019