Maître Jacky

Je poste ici le texte que j’ai lu vendredi 15 novembre aux funérailles de mon maître et ami de peinture. Au delà de la perte et de la tristesse, il me restera tout ce qu’il m’a apporté artistiquement et humainement…

Maître Jacky,

enfin mètre 74 je sais….

On s’est rencontré le jour où tu es venu te présenter à l’Amicale Laïque de Thuret pour proposer d’y animer un atelier de peinture. J’ai de suite répondu que je te suivrais.

Un petit groupe fidèle s’est formé, et on a peint à Thuret ! Quelques années plus tard on a formé une association et on est parti peindre à St Clément. Toujours avec cette même motivation qu’on peut peindre aussi dans nos petits patelins.

Par ailleurs il y avait l’atelier de la Roche Blanche, où ça piaille beaucoup mais ça peint bien. Tu as tout fait pour nous faire nous rencontrer car dans les deux cas tu étais fier de nous et de nos progrès.

Peindre avec Jacky c’était haut en couleurs !

Déjà la technique, la peinture a l’huile est exigeante, et les règles fondamentales à retenir :

« La lumière est opaque, l’ombre est transparente ! »

Mais c’est surtout une pédagogie un peu particulière…

« C’est pas un pinceau c’est une brosse à chiotte… »

« Si tu voulais faire la Joconde, c’est raté ! »

« C’était joli et d’un coup t’as tout salopé en marronnasse. »

« C’est quoi ce modèle ??? T’as pas trouvé plus petit encore ? » 

On flippait tous en le voyant s’approcher de nos toiles car il ne nous épargnait pas.

Ceci dit nous non plus d’ailleurs… Comment un si bon coloriste pouvait mettre des pulls pareils ?! Souvent il prenait cher aussi..

Jusqu’au moment où il disait :

« C’est pas tout ça mais quand est ce qu’on boit un canon ? »

Car peindre avec Jacky c’est surtout des moments d’échange, de générosité, de rire…

Derrière son air bougon il nous connaît par cœur :

« Dès que votre prenez votre palette, je sais comment vous allez. »

Maître Jacky, tu pouvais me proposer n’importe quoi je suivais. De la peinture, de l’association, du grand débat national, de nos expositions. Et des projets tu en avais tellement. Et moi ta provocation, ton intelligence, ton humour me faisaient tellement rire, comment te dire non ?

Il y a quelques temps justement on discutait peinture autour d’un canon. Tu me confirmais que la seule clé c’était le travail.. Ce jour là, j’étais dans le doute et tu m’as dit ces mots magiques :

« Peins quand tu es heureuse, peins quand tu es triste, peins quand tu t’ennuies, peins quand tu es en colère, quoiqu’il arrive : peins ! »

Alors pour nous, mais quoique tu en penses un peu pour toi aussi maintenant, on va continuer de peindre. Et à boire quelques canons…

Merci pour tout Jacky.